Grand Dossier n°1 : L'École BBC

Chapitre 3 – Les héritiers de l'École BBC

Partie 1 – Quand les ingénieurs quittent la BBC… mais emportent sa philosophie

Une idée reçue revient souvent lorsqu'on évoque l'École BBC : celle selon laquelle les meilleures enceintes britanniques seraient simplement des copies plus ou moins fidèles des célèbres moniteurs développés pour les studios de la radio publique.

La réalité est bien plus passionnante.

L'École BBC n'est pas une marque.

Ce n'est pas davantage une gamme d'enceintes.

C'est avant tout une manière de concevoir la reproduction sonore.

Et cette manière de penser va progressivement quitter les laboratoires de la BBC pour s'installer chez plusieurs fabricants britanniques qui, chacun à leur façon, feront évoluer cet héritage.

Cette transmission ne s'effectue pas par hasard.

Elle passe par des femmes et des hommes convaincus que les travaux menés au sein de la BBC méritent de dépasser le seul cadre de la radiodiffusion.

Spencer Hughes : le premier grand héritier

Parmi toutes les figures liées à l'École BBC, une personnalité occupe une place particulière : Spencer Hughes.

Ingénieur talentueux, il travaille au sein du département technique de la BBC à une époque où les recherches sur les moniteurs acoustiques connaissent un essor considérable.

Il participe aux réflexions sur les coffrets, les matériaux et la reproduction fidèle des timbres.

Mais Spencer Hughes nourrit une ambition supplémentaire.

Il est persuadé que les qualités recherchées pour les studios professionnels pourraient également profiter aux mélomanes.

En 1969, avec son épouse Dorothy, il fonde une entreprise dont le nom est directement inspiré de leur patronyme.

Spendor.

Le nom résulte simplement de la contraction de SPENcer et DORothy.

Derrière cette appellation discrète se cache pourtant l'une des marques qui influenceront durablement la haute fidélité britannique.

Une philosophie plus qu'un produit

Contrairement à ce que certains imaginent, Spencer Hughes ne quitte pas la BBC avec les plans d'une enceinte sous le bras.

Il emporte bien davantage.

Il emporte une méthode.

Une manière d'aborder chaque problème acoustique.

Une conviction profonde selon laquelle une enceinte doit avant tout respecter les timbres, préserver la cohérence musicale et disparaître derrière l'interprétation.

Cette philosophie devient immédiatement visible dans les premières enceintes Spendor.

Les coffrets restent relativement fins.

Le médium est traité avec un soin exceptionnel.

La restitution privilégie l'équilibre plutôt que la démonstration.

Autrement dit, l'esprit BBC est toujours là.

Mais il commence déjà à évoluer.

La BC1 : une révolution silencieuse

En 1970, Spendor présente un modèle qui deviendra rapidement une référence : la BC1.

Aujourd'hui encore, de nombreux passionnés la considèrent comme l'une des enceintes britanniques les plus importantes jamais produites.

Pourquoi ?

Parce qu'elle reprend plusieurs principes développés au sein de la BBC tout en les adaptant à un usage domestique.

La BC1 ne cherche pas à impressionner.

Elle privilégie les voix.

Les instruments acoustiques.

La cohérence des timbres.

Sa musicalité devient rapidement sa principale signature.

Elle séduit aussi bien les professionnels que les particuliers.

Pour beaucoup d'audiophiles, elle constitue le premier véritable pont entre les recherches de la BBC et la Hi-Fi domestique.

Une influence qui dépasse Spendor

Le succès de Spencer Hughes démontre qu'il existe une demande pour des enceintes privilégiant le naturel plutôt que l'effet spectaculaire.

Cette idée inspire rapidement d'autres ingénieurs.

Plusieurs d'entre eux travaillent directement ou indirectement avec les laboratoires BBC.

D'autres collaborent avec les fabricants produisant les moniteurs sous spécification.

Tous partagent une même conviction.

Les recherches menées pendant les années 1960 et 1970 ne doivent pas rester confinées aux studios de radio.

Elles peuvent transformer la manière dont les particuliers écoutent la musique.

Peu à peu, ce courant de pensée prend de l'ampleur.

Il ne s'agit plus seulement de fabriquer des moniteurs professionnels.

Il s'agit de construire des enceintes capables de procurer, chez soi, la même sensation de naturel que dans un studio de contrôle.

Une autre manière de définir la haute fidélité

À cette époque, le marché de la Hi-Fi évolue rapidement.

Les enceintes deviennent plus puissantes.

Les démonstrations en auditorium mettent souvent en avant un grave spectaculaire ou des aigus très présents.

Les fabricants britanniques inspirés par la BBC suivent une voie différente.

Ils cherchent avant tout à rendre justice à l'enregistrement.

Leur objectif n'est pas de produire un son flatteur.

Ils souhaitent reproduire fidèlement l'intention des musiciens et des ingénieurs du son.

Cette approche séduit progressivement une catégorie particulière d'auditeurs.

Des passionnés qui préfèrent écouter un album entier plutôt que quelques minutes de démonstration.

Des mélomanes qui privilégient l'équilibre à l'esbroufe.

Des amateurs de musique classique, de jazz, de folk ou de musique de chambre qui découvrent des enceintes capables de restituer la richesse des timbres avec une grande délicatesse.

Le début d'une véritable école britannique

C'est à ce moment précis que l'on peut réellement parler d'École BBC.

Non pas parce que toutes les enceintes se ressemblent.

Mais parce qu'elles partagent une philosophie commune.

Respect des timbres.

Neutralité.

Faible fatigue auditive.

Médium naturel.

Écoute de longue durée.

Ces principes deviennent progressivement une signature sonore identifiable.

Ils influenceront bien d'autres marques au cours des décennies suivantes.

Le saviez-vous ?

Le nom Spendor provient simplement de la contraction des prénoms Spencer et Dorothy Hughes, les fondateurs de la marque. Derrière cette origine très simple se cache pourtant l'une des entreprises les plus influentes de l'histoire de la haute fidélité britannique.

À retenir

 

  • Spencer Hughes est l'un des premiers ingénieurs à transposer l'esprit BBC vers la Hi-Fi domestique.
  • La Spendor BC1 constitue un jalon majeur dans cette évolution.
  • L'École BBC n'est pas une collection d'enceintes identiques, mais une philosophie de conception.
  • À partir des années 1970, cette philosophie commence à influencer durablement la haute fidélité britannique.

 

Chapitre 3 – Les héritiers de l'École BBC

Partie 2 – Harbeth : quand la science des matériaux rencontre la musique

Si Spencer Hughes fut l'un des premiers à prolonger l'esprit de la BBC dans le monde de la haute fidélité domestique, un autre ingénieur allait poursuivre cette quête sous un angle très différent.

Son nom est Dudley Harwood.

Comme Spencer Hughes, Harwood connaît parfaitement les recherches menées au sein de la BBC. Il a participé aux travaux sur les moniteurs de contrôle et partage une conviction profonde : une enceinte ne doit jamais attirer l'attention sur elle-même. Son rôle est de restituer le plus fidèlement possible le message sonore.

Mais Dudley Harwood est également fasciné par une autre question.

Pourquoi certains haut-parleurs reproduisent-ils les voix avec davantage de naturel que d'autres ?

Cette interrogation va guider une grande partie de sa carrière.

Une nouvelle génération d'ingénieurs

À la fin des années 1970, les recherches sur les enceintes progressent rapidement.

Les instruments de mesure deviennent plus performants.

L'analyse vibratoire des membranes se précise.

Les ordinateurs commencent à assister les calculs de conception.

Pourtant, un élément demeure difficile à maîtriser : le comportement même de la membrane du haut-parleur.

Pendant longtemps, la plupart des fabricants utilisent du papier, un matériau léger, économique et relativement facile à mettre en œuvre.

Mais le papier possède aussi des limites.

Sa rigidité varie selon les traitements appliqués.

Ses modes de fractionnement apparaissent parfois dans des zones critiques du spectre.

Ces phénomènes peuvent colorer légèrement le registre médium.

Or, c'est précisément cette région que les ingénieurs de la BBC considèrent comme la plus importante.

La naissance de Harbeth

En 1977, Dudley Harwood fonde Harbeth.

Le nom est la contraction de Harwood et Elizabeth, son épouse.

Comme Spendor avant elle, la jeune entreprise ne cherche pas à révolutionner brutalement le marché.

Elle poursuit simplement une idée.

Conserver les qualités fondamentales de l'École BBC tout en utilisant les progrès scientifiques disponibles.

Harbeth ne copie pas les enceintes BBC.

Elle prolonge leurs recherches.

La quête du matériau idéal

L'une des plus grandes contributions de Dudley Harwood concerne justement les membranes de haut-parleurs.

Pendant plusieurs années, il étudie différents polymères et matériaux composites susceptibles d'améliorer le comportement vibratoire du cône.

Son objectif n'est pas de créer un haut-parleur plus spectaculaire.

Il souhaite réduire les résonances qui altèrent la restitution des voix.

Ces travaux aboutiront progressivement au développement de matériaux propriétaires, dont le célèbre RADIAL™, introduit bien plus tard sous la direction d'Alan Shaw, qui rachètera Harbeth dans les années 1980.

Le principe reste fidèle à la philosophie BBC.

Le matériau n'est jamais choisi parce qu'il est à la mode.

Il est retenu uniquement lorsqu'il apporte un bénéfice audible.

Alan Shaw : préserver sans figer

Lorsque Alan Shaw reprend Harbeth en 1986, certains craignent que la marque perde son identité.

Il se produit exactement l'inverse.

Ingénieur de formation, Shaw décide de préserver l'esprit BBC tout en modernisant progressivement les enceintes.

Les outils de mesure évoluent.

La modélisation informatique progresse.

Les composants deviennent plus réguliers.

Harbeth profite de ces avancées sans jamais renoncer à sa philosophie.

Cette continuité explique pourquoi les enceintes Harbeth actuelles sont souvent considérées comme les descendantes les plus directes des recherches historiques de la BBC.

Une signature sonore immédiatement reconnaissable

Il suffit généralement de quelques minutes d'écoute pour comprendre pourquoi Harbeth occupe une place si particulière dans le monde de la Hi-Fi.

Les voix semblent respirer.

Les cordes possèdent une texture remarquable.

Les cuivres conservent leur richesse harmonique sans agressivité.

Rien ne paraît exagéré.

La musique s'installe naturellement dans la pièce.

Cette sensation ne provient pas d'une mise en avant artificielle du médium.

Elle résulte d'un équilibre extrêmement soigneusement travaillé.

Comme les moniteurs BBC, les enceintes Harbeth ne cherchent pas à impressionner lors d'une démonstration de cinq minutes.

Elles révèlent leurs qualités au fil des heures.

Une évolution fidèle à l'esprit d'origine

L'une des grandes forces de Harbeth est d'avoir compris qu'un héritage ne se préserve pas en reproduisant indéfiniment les mêmes produits.

Il se préserve en conservant les mêmes principes.

Les matériaux évoluent.

Les haut-parleurs changent.

Les méthodes de calcul progressent.

Mais l'objectif demeure identique.

Respecter les timbres.

Préserver l'équilibre tonal.

Réduire la fatigue auditive.

Faire disparaître l'enceinte derrière la musique.

En ce sens, Harbeth illustre parfaitement ce qu'est devenue l'École BBC.

Non pas une photographie figée des années 1970.

Mais une philosophie capable de s'adapter aux technologies modernes sans perdre son identité.

Le saviez-vous ?

Contrairement à une idée souvent répandue, Harbeth ne fabrique pas des "copies" de moniteurs BBC. La marque s'inspire des principes développés par la BBC, tout en poursuivant ses propres recherches sur les matériaux, les haut-parleurs et les méthodes de conception.

À retenir

  • Dudley Harwood poursuit les recherches de la BBC sous l'angle des matériaux de membranes.
  • Harbeth est née en 1977 avec l'ambition de prolonger l'esprit BBC plutôt que de reproduire les modèles historiques.
  • Sous la direction d'Alan Shaw, la marque modernise progressivement ses enceintes tout en restant fidèle à sa philosophie d'origine.
  • Les enceintes Harbeth sont aujourd'hui considérées comme l'une des expressions les plus abouties du "BBC Sound".

Chapitre 3 – Les héritiers de l'École BBC

Partie 3 – Rogers : le gardien de la légende

Dans l'imaginaire collectif des passionnés de haute fidélité, un nom est presque indissociable de la LS3/5A : Rogers.

Pour beaucoup, il s'agit de la LS3/5A par excellence.

Pourtant, la réalité est plus nuancée.

Rogers n'a pas conçu la LS3/5A. Elle n'en possède pas les plans d'origine et n'a jamais participé aux recherches menées dans les laboratoires de la BBC. Son rôle est différent, mais tout aussi essentiel : elle est l'un des premiers fabricants à réussir la production industrielle de ce moniteur d'exception tout en respectant les exigences extrêmement strictes imposées par la BBC.

Sans Rogers, la LS3/5A ne serait probablement jamais sortie du cercle des studios professionnels.

Une entreprise déjà bien implantée

Fondée bien avant l'apparition de la LS3/5A, Rogers s'est forgé une solide réputation dans le domaine de l'électronique et de la haute fidélité.

L'entreprise maîtrise déjà les exigences de la fabrication de précision lorsque la BBC cherche des partenaires capables de produire ses nouveaux moniteurs.

Le défi est immense.

Il ne s'agit pas simplement d'assembler des haut-parleurs dans un coffret.

Chaque enceinte doit reproduire avec une fidélité remarquable le comportement du prototype validé par les ingénieurs de la BBC.

Les tolérances sont extrêmement serrées.

À une époque où les composants présentent encore des variations importantes d'un lot à l'autre, cet objectif demande un véritable savoir-faire industriel.

Les spécifications avant tout

L'un des aspects les plus fascinants du système BBC réside dans sa rigueur.

Contrairement à une licence commerciale classique, la BBC ne se contente pas d'autoriser un fabricant à utiliser un nom.

Chaque constructeur doit démontrer qu'il est capable de respecter les spécifications techniques définies par le Research Department.

Les haut-parleurs sont sélectionnés.

Les filtres sont assemblés avec une grande précision.

Les performances finales sont vérifiées avant leur mise sur le marché.

Si un composant évolue ou disparaît, le fabricant ne peut pas le remplacer librement.

Toute modification importante doit être étudiée afin de garantir que l'enceinte conserve le comportement acoustique prévu.

Cette exigence explique pourquoi plusieurs générations de LS3/5A existent tout en partageant une personnalité sonore commune.

Pourquoi plusieurs fabricants ?

C'est une question qui intrigue souvent les passionnés.

Si la LS3/5A est une création de la BBC, pourquoi retrouve-t-on des modèles Rogers, Chartwell, Audiomaster, Goodmans, Spendor ou encore RAM ?

La réponse est essentiellement pratique.

La BBC n'a jamais eu vocation à fabriquer elle-même des enceintes en grande quantité.

Face à la demande croissante des studios, puis du marché domestique, plusieurs entreprises britanniques sont autorisées à produire la LS3/5A, à condition de respecter les spécifications établies.

Chaque constructeur apporte naturellement son propre savoir-faire.

Les méthodes d'assemblage diffèrent parfois légèrement.

Les fournisseurs évoluent au fil des années.

Mais la philosophie reste la même.

C'est précisément ce qui fait aujourd'hui le charme des différentes productions.

Les collectionneurs aiment comparer les nuances entre les premières Rogers, les Chartwell ou les versions plus tardives.

Ces différences existent, mais elles restent généralement subtiles face à l'identité sonore commune imposée par les spécifications BBC.

Rogers devient une référence

Au fil des années, Rogers produit un nombre considérable de LS3/5A.

Cette expérience lui permet d'acquérir une réputation exceptionnelle.

Pour de nombreux professionnels comme pour les audiophiles, les Rogers incarnent l'esprit BBC dans sa forme la plus connue.

Le succès dépasse rapidement les frontières du Royaume-Uni.

Des passionnés japonais, allemands, américains et français découvrent cette petite enceinte étonnante.

Beaucoup sont surpris.

Comment un si petit coffret peut-il produire une image stéréophonique aussi crédible ?

Pourquoi les voix paraissent-elles si naturelles ?

La réponse tient moins à un composant particulier qu'à l'ensemble de la démarche de conception.

Le mythe prend forme

Au cours des années 1980 et 1990, la LS3/5A cesse progressivement d'être un simple outil professionnel.

Elle devient un objet de passion.

Les magazines spécialisés lui consacrent des essais élogieux.

Les clubs audiophiles organisent des comparaisons entre les différentes versions.

Les collectionneurs commencent à rechercher les premiers exemplaires.

Un phénomène assez rare se produit.

Une enceinte conçue sans aucune ambition commerciale devient une véritable icône.

Cette évolution illustre parfaitement la philosophie BBC.

Les ingénieurs ne cherchaient pas à créer un produit culte.

Ils voulaient simplement construire un outil de travail irréprochable.

C'est précisément cette absence de compromis marketing qui a contribué à son prestige.

Plus qu'un fabricant

Réduire Rogers au rôle de simple assembleur serait pourtant injuste.

L'entreprise a démontré qu'il était possible de produire industriellement une enceinte extrêmement exigeante sans trahir sa philosophie.

Elle a également largement contribué à faire connaître la LS3/5A auprès du grand public.

À travers Rogers, des milliers de mélomanes ont découvert une autre manière d'écouter.

Une écoute plus équilibrée.

Plus naturelle.

Moins démonstrative.

Une écoute qui privilégie la musique plutôt que les effets.

Le saviez-vous ?

Toutes les LS3/5A ne portent pas la même signature sonore au détail près, mais les différences entre fabricants sont souvent beaucoup plus faibles que ne le laissent penser certaines légendes audiophiles. Les variations proviennent principalement de l'évolution des composants, des fournisseurs et des adaptations rendues nécessaires au fil du temps, toujours dans le respect des spécifications BBC.

À retenir

 

  • Rogers n'a pas conçu la LS3/5A, mais en est devenu le fabricant le plus emblématique.
  • La BBC autorisait plusieurs entreprises à produire ses moniteurs, sous réserve du respect de spécifications très strictes.
  • Les différentes versions de la LS3/5A partagent une identité sonore commune malgré quelques nuances.
  • Rogers a joué un rôle déterminant dans la diffusion mondiale de la philosophie BBC.

 

Chapitre 3 – Les héritiers de l'École BBC

Partie 4 – Les gardiens modernes : Graham Audio, Falcon Acoustics et Stirling Broadcast

Pendant un temps, beaucoup ont cru que l'histoire des moniteurs BBC appartenait définitivement au passé.

Les grandes radios modernisaient leurs studios.

Les technologies numériques transformaient les méthodes de production.

Les enceintes actives prenaient progressivement le dessus dans les régies professionnelles.

À première vue, tout semblait annoncer la disparition progressive des célèbres moniteurs passifs britanniques.

Pourtant, il s'est produit exactement l'inverse.

À mesure que le monde de l'audio évoluait, une nouvelle génération de passionnés redécouvrait les qualités des conceptions BBC. Des ingénieurs, des collectionneurs et des mélomanes entreprenaient de préserver cet héritage, non par nostalgie, mais parce qu'ils estimaient que ces enceintes avaient encore quelque chose d'unique à offrir.

Trois entreprises vont jouer un rôle majeur dans cette renaissance : Stirling Broadcast, Falcon Acoustics et Graham Audio.

Stirling Broadcast : faire évoluer la tradition

Fondée à la fin des années 1990, Stirling Broadcast ne cherche pas à reproduire aveuglément les modèles historiques.

Son ambition est plus subtile.

Préserver l'esprit BBC tout en tenant compte des contraintes de fabrication modernes.

Au fil des années, certains composants utilisés dans les moniteurs historiques disparaissent. Des haut-parleurs ne sont plus fabriqués, des condensateurs évoluent et les matériaux disponibles changent.

Plutôt que de considérer ces évolutions comme un obstacle, Stirling Broadcast choisit de les intégrer avec prudence.

Chaque modification est évaluée à l'écoute et comparée aux performances des modèles historiques.

Cette démarche rappelle directement la méthode employée autrefois dans les laboratoires de la BBC : les mesures sont importantes, mais elles ne remplacent jamais l'écoute.

Stirling Broadcast : faire évoluer la tradition

Fondée à la fin des années 1990, Stirling Broadcast ne cherche pas à reproduire aveuglément les modèles historiques.

Son ambition est plus subtile.

Préserver l'esprit BBC tout en tenant compte des contraintes de fabrication modernes.

Au fil des années, certains composants utilisés dans les moniteurs historiques disparaissent. Des haut-parleurs ne sont plus fabriqués, des condensateurs évoluent et les matériaux disponibles changent.

Plutôt que de considérer ces évolutions comme un obstacle, Stirling Broadcast choisit de les intégrer avec prudence.

Chaque modification est évaluée à l'écoute et comparée aux performances des modèles historiques.

Cette démarche rappelle directement la méthode employée autrefois dans les laboratoires de la BBC : les mesures sont importantes, mais elles ne remplacent jamais l'écoute.

Graham Audio : prolonger l'histoire

Si Falcon regarde principalement vers le passé, Graham Audio adopte une approche légèrement différente.

L'entreprise produit des rééditions de plusieurs moniteurs BBC emblématiques, mais développe également de nouveaux modèles inspirés de cette philosophie.

Son objectif n'est pas seulement de préserver un patrimoine.

Il consiste aussi à démontrer que les principes établis par la BBC restent pertinents dans le contexte de la haute fidélité moderne.

Les enceintes Graham Audio reprennent ainsi plusieurs caractéristiques traditionnelles :

  • coffrets à parois relativement fines ;
  • équilibre tonal très soigné ;
  • priorité donnée au registre médium ;
  • filtres élaborés ;
  • écoute longue durée sans fatigue.

Mais elles bénéficient également des progrès réalisés dans la fabrication des haut-parleurs, la précision des composants et les méthodes de mesure.

Cette combinaison entre héritage et innovation séduit aussi bien les professionnels que les audiophiles.

Une philosophie toujours vivante

Ce qui frappe lorsqu'on compare ces trois fabricants, c'est qu'aucun ne cherche à reproduire exactement les produits des années 1970.

Tous cherchent avant tout à préserver une manière de concevoir une enceinte.

Autrement dit, l'École BBC n'est plus un catalogue de modèles.

Elle est devenue une philosophie de développement.

Les outils changent.

Les matériaux évoluent.

Les logiciels de simulation remplacent progressivement certains calculs manuels.

Mais les questions fondamentales restent identiques.

Comment respecter les timbres ?

Comment éviter les colorations ?

Comment permettre à l'auditeur d'oublier l'enceinte pour se concentrer sur la musique ?

Ces interrogations relient directement les ingénieurs d'aujourd'hui à ceux qui travaillaient dans les laboratoires de la BBC il y a plus d'un demi-siècle.

Pourquoi ces enceintes séduisent-elles encore ?

À l'heure où de nombreuses enceintes privilégient une restitution spectaculaire, les modèles inspirés de la BBC continuent de suivre une voie plus discrète.

Ils ne cherchent pas à impressionner lors des premières minutes d'écoute.

Ils privilégient l'équilibre.

La cohérence.

La justesse des timbres.

Cette approche demande parfois un temps d'adaptation.

Mais beaucoup d'audiophiles décrivent la même expérience.

Plus ils vivent avec une enceinte d'inspiration BBC, plus ils apprécient sa capacité à restituer la musique avec naturel.

C'est sans doute le plus bel héritage laissé par les ingénieurs de la BBC.

Le saviez-vous ?

Plusieurs moniteurs historiques de la BBC sont toujours fabriqués aujourd'hui, parfois sous spécification officielle, parfois dans des versions modernisées. Il est rare qu'un concept d'enceinte professionnelle conserve une telle longévité tout en restant pertinent auprès des mélomanes.

À retenir

  • Stirling Broadcast adapte l'héritage BBC aux contraintes de fabrication contemporaines.
  • Falcon Acoustics cherche à reproduire le plus fidèlement possible les moniteurs historiques.
  • Graham Audio combine respect des spécifications BBC et développement de modèles modernes.
  • L'École BBC est aujourd'hui une philosophie de conception plus qu'une simple série d'enceintes.

Conclusion du chapitre 3

En un peu plus d'un demi-siècle, l'École BBC a quitté les laboratoires de recherche pour inspirer plusieurs générations de concepteurs. Des pionniers comme Spencer Hughes et Dudley Harwood aux fabricants contemporains comme Graham Audio ou Falcon Acoustics, tous partagent une même conviction : une enceinte doit servir la musique avant de chercher à séduire l'auditeur.

Cet héritage n'est pas figé. Il continue d'évoluer, porté par de nouveaux matériaux, de nouvelles méthodes de conception et une compréhension toujours plus fine de la perception auditive.

Mais les principes fondamentaux demeurent étonnamment constants : neutralité, naturel des timbres, cohérence et absence de fatigue d'écoute.

C'est précisément cette permanence qui explique pourquoi, plus de cinquante ans après leur création, les enceintes issues de la tradition BBC occupent encore une place à part dans le cœur des mélomanes.