Grand Dossier n°5 : 5 grandes marques de Hi-Fi que l’on a presque oubliées
Goodmans — L’ancien géant britannique que l’on a presque oublié
L’ancien géant britannique que l’on a presque oublié
Lorsqu’on prononce aujourd’hui le nom Goodmans, il est possible que peu de passionnés pensent spontanément à l’âge d’or de la haute-fidélité britannique.
Et pourtant, pendant plusieurs décennies, Goodmans fut l’un des grands noms de l’industrie britannique du haut-parleur.
Son histoire commence bien avant l’apparition de la Hi-Fi telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Elle traverse l’essor de la radio, l’arrivée de la télévision, la Seconde Guerre mondiale, le développement des systèmes de sonorisation et finalement l’explosion de la haute-fidélité domestique.
À son apogée, Goodmans possède une capacité industrielle considérable et exporte ses produits dans le monde entier.
Elle travaille également avec de nombreux constructeurs et contribue à développer certains des haut-parleurs qui feront la réputation de la Hi-Fi britannique.
Et pourtant, lorsque l’on regarde le paysage actuel, le contraste est saisissant.
Goodmans n’occupe plus du tout la place qu’elle occupait autrefois.
Pour comprendre comment un tel géant a pu progressivement disparaître du paysage audiophile, il faut remonter aux origines.
1923 : les débuts de Goodmans
L’histoire de Goodmans commence en 1923, lorsque William Woodhouse et un associé créent une entreprise destinée à fabriquer des composants électriques et acoustiques.
L’entreprise prend progressivement le nom de Goodmans.
À ses débuts, elle n’est pas encore un fabricant de systèmes haute-fidélité.
Son activité est davantage liée aux composants électriques, aux haut-parleurs et aux équipements destinés aux nouvelles technologies de communication.
La radio se développe rapidement et les foyers britanniques commencent à s’équiper.
Et derrière chaque récepteur radio se trouve un élément essentiel : le haut-parleur.
Goodmans va rapidement comprendre qu’il existe là un marché considérable.
Le haut-parleur devient le cœur du métier
Au cours des années 1930, Goodmans développe son savoir-faire dans la fabrication des haut-parleurs.
La marque commence à produire des transducteurs destinés aussi bien à ses propres produits qu’à d’autres fabricants.
Cette activité va devenir la véritable colonne vertébrale de l’entreprise.
Comme SIARE en France, Goodmans acquiert donc une connaissance très importante du haut-parleur avant de devenir une grande marque d’enceintes.
Cette maîtrise du transducteur va lui permettre de travailler sur des produits très différents : radio, télévision, sonorisation, systèmes professionnels et, progressivement, haute-fidélité.
L’entreprise ne se spécialise donc jamais complètement dans un seul segment.
C’est à la fois une force et, plus tard, une source de complexité.
La guerre et les besoins militaires
La Seconde Guerre mondiale constitue un tournant pour l’industrie britannique.
Goodmans participe alors à la production de composants destinés aux équipements militaires.
Comme de nombreuses entreprises britanniques de l’époque, elle doit adapter une partie de son activité aux besoins de la guerre.
Cette période contribue également à développer ses capacités industrielles et son expérience dans la fabrication en série.
Après 1945, Goodmans dispose donc d’un savoir-faire industriel important.
Et le marché qui s’ouvre devant elle est immense.
La radio se développe.
La télévision commence à entrer dans les foyers.
Et une nouvelle passion apparaît progressivement : la reproduction musicale de haute qualité.
L’après-guerre : naissance de la Hi-Fi moderne
Dans les années 1950, le terme « Hi-Fi » commence à s’imposer.
Les consommateurs recherchent des systèmes capables de reproduire la musique avec davantage de réalisme.
Les fabricants britanniques commencent à développer leurs propres solutions.
C’est dans ce contexte que Goodmans va devenir l’un des acteurs majeurs du marché.
L’entreprise possède déjà un avantage considérable : elle maîtrise la fabrication des haut-parleurs.
Elle peut donc développer des transducteurs spécialement adaptés aux besoins de la nouvelle génération d’enceintes.
Et elle va notamment travailler sur des haut-parleurs qui deviendront emblématiques.
Le Axiom : un nom qui va traverser les décennies
Parmi les produits les plus célèbres de Goodmans figure la série Axiom.
Le premier Axiom apparaît dès les années 1940 et la gamme va évoluer pendant plusieurs décennies.
Le Axiom 80, présenté à la fin des années 1940, devient notamment l’un des haut-parleurs les plus célèbres de l’histoire de la marque.
Il s’agit d’un transducteur particulièrement ambitieux pour son époque, avec une conception visant à obtenir une large bande passante à partir d’un seul haut-parleur.
L’Axiom 80 devient un produit culte auprès de nombreux passionnés.
Son intérêt dépasse d’ailleurs largement la simple utilisation domestique.
Il sera employé dans différents systèmes et servira de base à plusieurs réalisations de haut niveau.
Cette philosophie du large bande va devenir une caractéristique importante de l’histoire de Goodmans.
Mais la marque ne va pas s’y limiter.
Goodmans et les grandes avancées du haut-parleur britannique
Dans les années 1960 et 1970, Goodmans connaît une croissance considérable.
L’entreprise dispose notamment d’une importante usine à Havant, dans le Hampshire.
Cette implantation devient l’un des centres majeurs de production de haut-parleurs de la société.
Hi-Fi News rappelait récemment qu’au sommet de son activité, l’usine de Havant employait environ 850 personnes et que Goodmans revendiquait alors une position de premier plan dans la fabrication et l’exportation de haut-parleurs haute-fidélité.
Selon les archives publicitaires de l’époque, Goodmans se présentait même comme le plus grand fabricant européen et le premier exportateur mondial de haut-parleurs haute-fidélité.
Il faut évidemment prendre ce type de slogan commercial avec la prudence nécessaire.
Mais même sans prendre la formulation publicitaire au pied de la lettre, les chiffres d’emploi et l’importance de ses exportations montrent clairement que Goodmans est alors une entreprise industrielle de premier plan.
Nous sommes à des années-lumière d’une petite marque artisanale.
Goodmans et la BBC
Comme plusieurs grands fabricants britanniques de l’époque, Goodmans va également travailler sur des produits destinés aux applications professionnelles.
La BBC et d’autres institutions britanniques s’intéressent aux haut-parleurs développés par les fabricants nationaux.
Goodmans fournit notamment des transducteurs et participe indirectement à l’écosystème de la radiodiffusion britannique.
Cette activité professionnelle est importante parce qu’elle impose des exigences particulières : fiabilité, régularité de production, contrôle des performances et stabilité dans le temps.
Le savoir-faire acquis dans ce domaine profite ensuite aux produits domestiques.
Goodmans fait donc partie de cette génération de constructeurs britanniques pour lesquels la frontière entre professionnel et domestique est relativement mince.
La rencontre avec la haute-fidélité domestique
À mesure que le marché de la Hi-Fi se développe dans les années 1960 et 1970, Goodmans commercialise de plus en plus de systèmes destinés au grand public.
La marque produit des enceintes complètes, mais continue également à vendre ses haut-parleurs séparément.
On trouve alors dans les catalogues Goodmans une grande variété de solutions.
Certaines enceintes sont relativement accessibles.
D’autres s’adressent aux passionnés.
Et certaines réalisations utilisent les fameux haut-parleurs Axiom ou d’autres transducteurs développés spécifiquement pour les systèmes haute-fidélité.
La marque occupe donc une position particulièrement large.
Elle peut être présente dans la radio et la télévision comme dans les systèmes audiophiles.
Goodmans et la culture DIY
Comme SIARE en France, Goodmans joue également un rôle important dans la culture de la construction d’enceintes.
Les haut-parleurs sont vendus aux particuliers.
Les magazines spécialisés publient des plans de coffrets.
Les amateurs peuvent acheter un transducteur Goodmans et concevoir leur propre enceinte.
Cette culture du DIY est particulièrement forte au Royaume-Uni.
Les fabricants comprennent rapidement qu’un passionné qui achète un haut-parleur peut ensuite acheter d’autres composants, expérimenter différentes charges et recommander le produit autour de lui.
Goodmans devient donc partie intégrante de cette communauté.
Et certains de ses haut-parleurs acquièrent une réputation qui dépasse largement celle de la marque commerciale elle-même.
Les ingénieurs : l’autre richesse de Goodmans
L’histoire de Goodmans ne serait pas complète sans parler de ses ingénieurs.
Parmi les noms associés à son développement figure notamment Laurie Fincham, qui travaillera chez Goodmans avant de poursuivre une carrière exceptionnelle dans l’industrie du haut-parleur, notamment chez KEF puis THX.
Il y a également Ted Jordan, autre ingénieur important de l’acoustique britannique, qui travaillera sur des haut-parleurs et des solutions acoustiques avant de créer ensuite Jordan Watts.
Ces parcours illustrent quelque chose de très important.
Goodmans était suffisamment importante pour attirer et former des ingénieurs qui allaient ensuite jouer un rôle dans l’ensemble de l’industrie britannique du haut-parleur.
Son influence ne se mesure donc pas uniquement au nombre d’enceintes vendues.
Elle se mesure également aux hommes et aux technologies qui sont passés par l’entreprise
L’âge d’or
Dans les années 1960 et 1970, Goodmans fait donc partie du paysage incontournable de la Hi-Fi britannique.
Son catalogue est vaste.
Son usine est importante.
Ses produits sont exportés.
Ses haut-parleurs équipent d’autres marques.
Et son nom apparaît régulièrement dans la presse spécialisée.
C’est véritablement l’âge d’or.
Pourtant, cette période va progressivement prendre fin.
Et la raison est moins liée à une faillite technologique qu’à une transformation profonde de l’industrie.
La mondialisation change la donne
À partir des années 1970 et surtout 1980, la concurrence internationale devient de plus en plus forte.
Les fabricants japonais puis asiatiques deviennent extrêmement compétitifs.
La production électronique se mondialise.
Les coûts deviennent déterminants.
Et les consommateurs disposent désormais d’un choix beaucoup plus important.
Le Royaume-Uni conserve un savoir-faire remarquable, mais il devient de plus en plus difficile pour les grands fabricants britanniques de maintenir une production locale à grande échelle.
Goodmans va progressivement se retrouver confrontée à cette nouvelle réalité.
La production évolue.
Les activités se diversifient.
Les propriétaires changent.
Et l’identité historique de la marque commence à se diluer.
Le rapprochement avec Mordaunt-Short
L’histoire de Goodmans est également liée à celle d’autres grandes marques britanniques.
L’entreprise acquiert notamment Mordaunt-Short, autre constructeur britannique important.
Cette opération illustre la concentration progressive de l’industrie.
Les grands fabricants cherchent à mutualiser les ressources, les réseaux de distribution et les capacités de production.
Mais cette concentration ne suffit pas à empêcher la transformation du marché.
Les anciennes marques britanniques doivent désormais affronter une concurrence internationale beaucoup plus intense.
Le modèle industriel qui avait permis à Goodmans de devenir un géant commence à perdre sa pertinence.
Le déclin de la fabrication britannique
C’est probablement ici que l’histoire de Goodmans devient particulièrement symbolique.
Pendant des décennies, l’entreprise avait construit sa réputation sur sa capacité à concevoir et fabriquer des haut-parleurs en Grande-Bretagne.
Mais progressivement, cette fabrication devient économiquement plus difficile.
La production se déplace.
Les composants sont davantage achetés à l’extérieur.
La marque se rapproche de groupes plus importants.
Et le nom Goodmans commence à être utilisé sur des produits qui n’ont plus grand-chose à voir avec les grandes enceintes et haut-parleurs de son âge d’or.
Le changement est progressif.
Il n’y a pas un jour précis où Goodmans cesse soudainement d’être une grande marque de Hi-Fi.
C’est plutôt une érosion de son identité historique.
D’un géant de la Hi-Fi à une marque grand public
C’est cette transformation qui rend Goodmans si intéressante pour notre dossier.
Aujourd’hui, le nom Goodmans peut encore être rencontré sur des produits électroniques grand public.
Mais pour quelqu’un qui découvre la marque à travers ces produits, il est difficile d’imaginer qu’elle fut autrefois un acteur majeur de l’industrie britannique du haut-parleur.
La marque historique avait une autre dimension.
Elle concevait des transducteurs complexes.
Elle alimentait une partie de l’industrie britannique.
Elle exportait massivement.
Elle employait des centaines de personnes.
Et elle participait directement à l’évolution de la Hi-Fi.
Le contraste est donc particulièrement frappant.
L’Axiom 80 : un symbole de cet héritage
Parmi tous les produits Goodmans, l’Axiom 80 reste probablement celui qui symbolise le mieux cette époque.
Aujourd’hui encore, ce haut-parleur est recherché par certains amateurs de vintage et de large bande.
Sa conception rappelle une époque où les ingénieurs cherchaient à obtenir une reproduction musicale convaincante avec un minimum de transducteurs.
L’Axiom 80 représente une philosophie très différente des enceintes modernes à trois, quatre ou cinq voies.
Et pourtant, il continue de fasciner.
Il témoigne d’une époque où le haut-parleur lui-même était considéré comme une véritable pièce d’ingénierie.
Que reste-t-il de Goodmans ?
La question est finalement assez révélatrice de l’histoire de la marque.
Goodmans existe toujours, mais son activité actuelle n’a plus grand-chose à voir avec celle de son âge d’or. Le nom est aujourd’hui utilisé sur une gamme très large de produits grand public, notamment dans l’audio, mais aussi dans l’électroménager et différents équipements domestiques.
Ce qui a pratiquement disparu, en revanche, c’est la Goodmans que connaissaient les passionnés de Hi-Fi des années 1950 à 1970 : un important fabricant britannique de haut-parleurs, capable de développer ses propres transducteurs, de produire à grande échelle et de fournir une partie de l’industrie audio.
Son héritage, lui, est toujours bien vivant.
Ses anciens haut-parleurs sont recherchés par les amateurs de matériel vintage. Les modèles Axiom, et notamment l’Axiom 80, continuent de susciter l’intérêt des passionnés de haut rendement et de large bande. Les anciennes enceintes Goodmans sont restaurées et certaines sont encore utilisées quotidiennement par des audiophiles.
Et surtout, les archives, les catalogues et les anciens modèles témoignent encore de l’importance industrielle qu’a eue la marque.
Le paradoxe est donc saisissant : Goodmans n’a pas disparu.
Le nom est toujours là, présent sur des produits que l’on peut encore acheter aujourd’hui.
Mais le Goodmans qui fut l’un des grands noms mondiaux du haut-parleur britannique appartient désormais à l’histoire.
C’est peut-être l’une des formes les plus particulières de l’oubli : une marque peut continuer d’exister tout en ayant presque complètement perdu l’identité qui avait fait sa renommée
Goodmans : une disparition qui raconte celle d’une industrie
C’est finalement pour cette raison que Goodmans mérite sa place dans notre dossier.
Son histoire ne raconte pas seulement la disparition d’une marque.
Elle raconte la transformation d’une industrie entière.
Une industrie dans laquelle un fabricant britannique pouvait concevoir ses propres transducteurs, produire à grande échelle, fournir d’autres marques et exporter ses produits dans le monde entier.
Une industrie dans laquelle des ingénieurs comme Ted Jordan ou Laurie Fincham pouvaient développer de nouvelles solutions et poursuivre ensuite leur carrière chez d’autres grands noms de l’acoustique.
Une industrie où le haut-parleur britannique représentait une véritable force internationale.
Puis le monde a changé.
La production s’est mondialisée.
Les coûts ont pris une importance croissante.
Les groupes se sont concentrés.
Les marques se sont diversifiées.
Et progressivement, Goodmans a perdu ce qui faisait son identité historique.
Aujourd’hui, le nom subsiste.
Mais l’ancien géant a presque disparu de la mémoire collective des audiophiles.
Et pourtant, lorsqu’on regarde un Axiom 80, une ancienne enceinte Goodmans ou simplement les catalogues de l’époque, il devient difficile de comprendre comment un constructeur d’une telle importance a pu devenir aussi discret.
Goodmans n’était pas un petit nom de la Hi-Fi britannique.
C’était l’un de ses piliers industriels.
Et son histoire rappelle une chose essentielle : dans la haute-fidélité, une marque peut disparaître de nos habitudes bien avant de disparaître de l’histoire.
Son héritage, lui, est toujours là.
Goodmans nous montre comment la disparition d’une grande marque peut être intimement liée à celle d’une industrie tout entière. Son histoire est celle d’un géant britannique du haut-parleur, emporté progressivement par la mondialisation et la transformation du marché.
Mais notre quatrième étape nous emmène de nouveau aux États-Unis, dans un univers très différent.
Ici, pas de production de masse comparable à celle de Goodmans. Au contraire, nous allons découvrir une marque profondément attachée à la précision, à la cohérence temporelle et à une philosophie acoustique extrêmement personnelle.
Une marque dont les enceintes sont devenues de véritables références auprès des audiophiles du monde entier.
Place à THIEL.